L’histoire cachée derrière ce simple geste
Un poing fermé paraît anodin. Pourtant, il suffit d’y glisser le pouce entre l’index et le majeur pour transformer ce geste ordinaire en symbole chargé d’histoire.

Derrière cette « figue » se déploie un langage discret, oscillant entre dérision, protection et affirmation silencieuse de soi. À première vue, rien ne distingue ce poing serré d’un autre. Mais le détail du pouce coincé entre deux doigts en modifie totalement la portée symbolique. Dans la Grèce ancienne, ce geste était utilisé comme une réponse ironique, une manière de signifier « tu n’auras rien » sans prononcer la moindre parole. Le message était limpide, direct, mais exprimé avec une retenue presque théâtrale.
À une époque où les échanges pouvaient s’envenimer rapidement, la figue offrait une alternative : refuser sans crier, contester sans provoquer. C’était un « non » silencieux, une limite posée avec calme. Le corps parlait pour éviter l’escalade verbale. Ce langage corporel s’intégrait naturellement dans la vie quotidienne, transmis sans explication formelle, compris d’un simple regard.
De la moquerie au talisman protecteur
Mais réduire la figue à une simple taquinerie serait ignorer une dimension plus profonde. Dans plusieurs régions d’Europe de l’Est, notamment dans certaines traditions de la Russie païenne, ce geste revêtait une valeur protectrice. Le poing fermé incarnait la solidité intérieure, tandis que le pouce dissimulé devenait une sorte d’amulette improvisée.

On croyait que former ce signe pouvait éloigner le mauvais œil ou conjurer les influences néfastes. La figue devenait alors un rempart symbolique face aux incertitudes du monde. À l’image de nos superstitions contemporaines – croiser les doigts, toucher du bois –, elle matérialisait le besoin universel de se rassurer par un rituel simple.
Ce minuscule mouvement traduisait une intention invisible : se protéger, se recentrer, affirmer sa force intérieure sans bruit.
Un code complice des cours de récréation
Bien plus tard, la figue a trouvé une nouvelle jeunesse dans les cours d’école. Avant que les écrans ne capturent nos échanges, les enfants développaient leurs propres codes. Un pouce dissimulé dans un poing levé suffisait à transmettre un message.
Un rendez-vous raté, une plaisanterie mal reçue, un défi perdu : le geste servait de clin d’œil espiègle, jamais franchement agressif. Il exprimait une malice partagée, un « bien tenté » lancé sans hostilité. Ce qui fascine, c’est sa capacité à traverser les générations sans manuel d’instructions. Comme une comptine ou un jeu transmis oralement, la figue s’apprenait par imitation.
Elle appartenait à cette culture implicite, ces micro-rituels qui soudent un groupe sans qu’aucun adulte ne les formalise.
Un refuge discret dans les temps troublés

Au fil des décennies, le geste a parfois pris une dimension plus intime. Dans certains récits issus de périodes difficiles de l’histoire européenne, la figue apparaît comme un signe d’endurance silencieuse. Des hommes et des femmes serraient un objet précieux – une alliance, un souvenir – dans leur poing en formant ce symbole.
Il ne s’agissait plus de défier autrui, mais de se rappeler à soi-même une promesse, un attachement, une raison de tenir bon. Le geste devenait alors une affirmation intérieure : “Je résiste, je garde espoir.” Dans ce contexte, la figue dépassait la moquerie pour devenir un acte presque méditatif.
Elle incarnait une force retenue, une manière de préserver son espace intime face à l’adversité.
Aujourd’hui, nos refus passent par un message vocal, un émoji ou un GIF envoyé en quelques secondes. Le langage numérique a progressivement remplacé nombre de nos signaux corporels. La figue, elle, s’est faite plus rare dans l’espace public.






