« Patience »: pourquoi Dominique de Villepin attend toujours avant d’entrer officiellement en campagne?
De nouveau très présent dans le débat public depuis plusieurs années, Dominique de Villepin ne dissimule plus ses ambitions pour 2027. L’ancien Premier ministre dit vouloir briguer l’Élysée, mais repousse encore l’annonce officielle de sa candidature, alors que plusieurs obstacles restent à surmonter.
Dominique de Villepin a retrouvé une importante exposition médiatique à la faveur des bouleversements internationaux. Depuis les attaques du Hamas en Israël du 7 octobre 2023, l’ancien ministre des Affaires étrangères intervient régulièrement sur la situation au Proche-Orient, mais également sur les relations entre la France et l’Algérie ou encore sur la politique américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
À 72 ans, l’ancien chef du gouvernement de Jacques Chirac entend défendre une diplomatie qu’il présente dans la continuité d’une certaine tradition gaullienne. Cette présence régulière rappelle également l’un des épisodes les plus marquants de son parcours : son discours prononcé devant le Conseil de sécurité des Nations unies en 2003 pour défendre la position française opposée à la guerre en Irak.
Son activité ne se limite plus aux questions internationales. Dominique de Villepin a publié un essai, multiplié les déplacements en France et formulé différentes propositions politiques. Il a également créé La France humaniste, sa propre formation politique, destinée à structurer son retour dans l’arène nationale.
Interrogé le dimanche 30 août sur BFMTV, l’ancien Premier ministre a franchi une étape supplémentaire en déclarant vouloir participer à la présidentielle. Il refuse néanmoins de transformer immédiatement cette intention en candidature officielle. Il affirme vouloir confirmer sa décision lorsque la véritable campagne électorale aura commencé, plutôt que de se joindre trop tôt aux affrontements entre prétendants.
Dominique de Villepin cherche un espace entre droite et gauche
Dans son entourage, le mot d’ordre reste donc la patience. À huit mois de l’échéance présidentielle, son équipe considère qu’une déclaration officielle immédiate n’est pas indispensable. Dominique de Villepin chercherait plutôt à faire émerger progressivement sa candidature, avec une possible officialisation au cours de l’automne.
L’ancien Premier ministre construit parallèlement un discours particulièrement critique envers le paysage politique actuel. Il estime que le système est en situation d’échec et réserve notamment ses attaques au macronisme. Gabriel Attal et Édouard Philippe ne représentent pas, selon lui, une véritable rupture, Dominique de Villepin considérant que leurs propositions restent dans la continuité de la politique conduite ces dernières années.
Son jugement sur La France insoumise et le Rassemblement national est différent. Sans adhérer à leurs programmes, il leur reconnaît la capacité de proposer une alternative identifiable. Il estime toutefois que les solutions avancées par ces deux formations ne seraient pas applicables en l’état.
Face à cette configuration, l’ancien Premier ministre met en avant l’idée d’un rassemblement dépassant les frontières partisanes traditionnelles. Son entourage imagine un espace susceptible de s’étendre de la droite sociale jusqu’à une partie de la gauche écologiste. Une stratégie qui s’appuie notamment sur son héritage chiraquien, mais également sur l’écho rencontré à gauche par certaines de ses prises de position diplomatiques.
Des sondages faibles et la question décisive des 500 parrainages
Cette stratégie ne se traduit toutefois pas encore par une progression significative dans les intentions de vote. Dans une enquête Elabe réalisée pour BFMTV et La Tribune Dimanche et publiée le 29 août, Dominique de Villepin est crédité de seulement 2 à 2,5 % des intentions de vote selon les différentes hypothèses testées.
La question des parrainages constitue un autre obstacle majeur. Pour participer à l’élection présidentielle, un candidat doit obtenir les signatures de 500 élus répondant aux critères prévus par la loi. Cette difficulté rappelle directement l’expérience vécue par Dominique de Villepin en 2012, lorsqu’il avait finalement été incapable de réunir le nombre nécessaire de parrainages pour concourir.
Selon son entourage, la situation serait aujourd’hui plus avancée, mais l’objectif demeure loin d’être atteint. Son équipe évoque environ 220 à 250 promesses de parrainage, soit approximativement la moitié du seuil requis pour pouvoir officiellement prendre part au scrutin.
Dominique de Villepin reconnaît lui-même cette difficulté. Tout en répétant qu’il souhaite être candidat et qu’il travaille dans cette direction, l’ancien Premier ministre souligne qu’une aventure présidentielle nécessite de réunir des soutiens autour de soi.
Sa capacité à fédérer suscite également des interrogations parmi certaines personnalités ayant travaillé avec lui. Un ancien membre de son gouvernement estime notamment qu’il pourrait éprouver des difficultés à constituer un socle solide d’élus. Une ancienne proche salue de son côté ses capacités intellectuelles et sa faculté à porter une vision, tout en exprimant des réserves sur son aptitude à transformer cette ambition en organisation électorale efficace.
Une équipe veut montrer que la préparation est plus avancée qu’en 2012
Face à ces critiques, les proches de Dominique de Villepin insistent sur les différences entre la situation actuelle et son expérience de 2012. Son entourage affirme que la préparation de l’éventuelle campagne est désormais beaucoup plus structurée, avec un quartier général et plusieurs équipes spécialisées.
Certains collaborateurs travaillent à la collecte des parrainages tandis que d’autres s’occupent des questions financières. L’équipe revendique également un pôle composé d’environ 80 hauts fonctionnaires et intellectuels, chargé de contribuer au travail programmatique et technique.
Ses proches mettent également en avant ses prochaines apparitions politiques pour illustrer cette préparation. Dominique de Villepin doit notamment participer le 17 septembre à l’émission Objectif 2027 sur LCI, après Marine Le Pen et Édouard Philippe. Il a par ailleurs débattu avec François Ruffin lors d’un événement organisé par Libération en partenariat avec BFM, renforçant encore son implication dans les discussions entourant la prochaine présidentielle.









