Fermeture d’Alinea, Maisons du Monde en difficulté… Pourquoi les Français achètent de moins en moins de meubles
Le secteur de l’ameublement traverse une période de turbulences persistantes, marquée par une contraction des ventes, des fermetures en chaîne et une concurrence accrue du numérique.

Entre ralentissement du marché immobilier, arbitrages budgétaires des ménages et pression inflationniste, les enseignes peinent à maintenir leur activité dans un contexte économique fragilisé.
Depuis plusieurs années, le marché du meuble enregistre un recul régulier de son activité, avec des ventes en baisse de 3 % en 2024 puis encore de 2 % en 2025. Cette contraction prolongée a entraîné une diminution notable du nombre de points de vente, en recul d’environ 7 % entre 2015 et 2022. Dans ce contexte, plusieurs enseignes majeures ont été touchées de plein fouet. Alinea a été placée en liquidation judiciaire, tandis que Maisons du Monde fait face à d’importantes difficultés financières, illustrant une fragilité généralisée du secteur.
D’autres acteurs emblématiques ont également disparu ces dernières années. Habitat a cessé ses activités en 2023, Interior’s en 2024 et Casa en 2025, témoignant d’une dynamique de repli structurel. De son côté, Maisons du Monde a enregistré une chute de 10 % de ses ventes en ligne sur la fin de l’année 2025 et doit faire face à des échéances financières importantes, tout en recherchant de nouveaux investisseurs pour assurer sa pérennité.

Le marché immobilier, facteur déterminant des achats
L’évolution du secteur de l’ameublement est étroitement liée à celle de l’immobilier. La baisse des transactions immobilières réduit mécaniquement les achats de mobilier, les ménages ayant tendance à renouveler leur intérieur lors d’un déménagement. Cette corrélation explique en grande partie le ralentissement observé.
Même si un léger regain a été observé début 2026, les incertitudes géopolitiques et économiques, notamment liées aux tensions internationales, pourraient freiner cette reprise. Les données récentes indiquent déjà un recul des ventes immobilières au premier trimestre, renforçant l’effet domino sur le marché du meuble.
Des achats différés face à l’incertitude économique

Après une période exceptionnelle en 2021, marquée par un regain d’intérêt pour l’aménagement intérieur, la demande s’est progressivement contractée. Les consommateurs, ayant déjà investi dans des équipements durables comme les canapés ou les cuisines, reportent désormais leurs achats. La durée de vie moyenne de ces biens, estimée à huit ans pour un canapé et jusqu’à vingt ans pour une cuisine, limite naturellement la fréquence de renouvellement.
Dans un contexte marqué par l’inflation et la hausse des prix de l’énergie, les ménages adoptent une attitude prudente et repoussent les dépenses importantes. Les indicateurs de confiance témoignent d’un pessimisme croissant, avec une anticipation accrue de la hausse des prix et une perception dégradée de la situation financière future.
L’essor du hard-discount et du commerce en ligne

Face à ces contraintes budgétaires, les comportements de consommation évoluent. Les consommateurs privilégient soit le report des achats, soit des produits moins coûteux, ce qui profite aux enseignes de hard-discount comme Action ou Centrakor. Parallèlement, le commerce en ligne poursuit sa progression, affichant une croissance de 2 % alors que le reste du marché recule.
Les plateformes internationales, notamment asiatiques, gagnent du terrain. Le phénomène de “l’ultra fast déco”, inspiré de la fast fashion, séduit de plus en plus d’acheteurs, attirés par des prix très compétitifs. L’exemple de Temu, qui s’est hissé rapidement parmi les enseignes les plus plébiscitées, illustre cette transformation du marché.
Cette dynamique s’accompagne d’une offre de produits à bas coût, notamment des petits meubles et objets décoratifs, qui résistent mieux que les équipements plus onéreux. Toutefois, des interrogations persistent quant à la qualité et à la conformité de ces produits, souvent moins encadrés que ceux distribués sur le marché français.
La part des meubles fabriqués en France a fortement diminué au fil des années, passant de 77 % il y a un quart de siècle à seulement 37 % aujourd’hui. Cette évolution traduit une transformation profonde des chaînes de production et une concurrence accrue des importations.





