Affaire Émile : « Une forme de… », ces glaçantes similitudes avec la disparition du petit Grégory qui interpellent
Deux drames d’enfants, séparés par près de quarante ans, continuent de hanter la mémoire collective française. La disparition d’Émile Soleil, en 2023, ravive le souvenir de l’affaire Grégory Villemin.

Entre zones d’ombre, hypothèses criminelles et silences familiaux, ces dossiers interrogent encore la capacité de la justice à lever le voile sur l’impensable. Depuis juillet 2023, la disparition du petit Émile Soleil, âgé de deux ans et demi, mobilise enquêteurs et magistrats. L’enfant avait échappé à la vigilance de ses grands-parents maternels, Anne Vedovini et Philippe Vedovini, alors qu’il séjournait dans le hameau isolé du Haut-Vernet. La découverte de ses ossements en mars 2024, par une randonneuse, à quelques kilomètres seulement de la maison familiale, a marqué un tournant décisif dans l’enquête.
Une thèse accidentelle désormais écartée
Les expertises médico-légales, notamment celles menées sur le crâne de l’enfant, ont profondément modifié la lecture du dossier. Selon Le Parisien et BFMTV, un traumatisme facial violent, incompatible avec une simple chute, aurait causé la mort d’Émile. Les investigations laissent également penser que le corps aurait été déplacé après le décès, renforçant la piste criminelle. Malgré des soupçons initiaux visant l’entourage familial, aucun auteur n’a, à ce stade, été formellement identifié.

Un parallèle inévitable avec l’affaire Grégory
Cette tragédie rappelle immanquablement celle du petit Grégory Villemin, retrouvé mort le 16 octobre 1984 dans la Vologne, à l’âge de quatre ans. Ligoté et jeté à l’eau, l’enfant avait été assassiné dans des circonstances qui, aujourd’hui encore, demeurent obscures. Comme l’a souligné Le Parisien, la disparition d’Émile Soleil résonne avec cette affaire emblématique, tant par l’ampleur médiatique que par les similitudes troublantes.
Les deux drames se sont déroulés dans des environnements ruraux isolés, caractérisés par un faible nombre d’habitants et peu de témoins potentiels. Pour Thibaut Solano, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, cette configuration complique considérablement l’identification des responsables. Le magistrat honoraire Jacques Dallest abonde : moins de passages signifie moins d’indices, et donc une enquête plus fragile face au temps qui passe.
Une différence majeure entre les deux dossiers

Si les similitudes sont nombreuses, une distinction essentielle demeure. Dans l’affaire Grégory, la thèse criminelle a été immédiatement retenue, la scène de crime ne laissant aucun doute. À l’inverse, pour Émile Soleil, cette piste n’a émergé que progressivement, au fil des expertises. Toutefois, aujourd’hui, les enquêteurs privilégient clairement l’hypothèse d’une intervention humaine, sans exclure totalement la piste familiale.
Concernant Grégory Villemin, le rôle du cercle familial est désormais considéré comme central, même si l’auteur du crime n’a jamais été condamné. Thibaut Solano rappelle que le “corbeau”, qui harcelait la famille depuis des années, avait revendiqué le meurtre le jour même du drame. Pour Émile Soleil, la situation diffère : aucune rivalité connue ni conflit familial majeur n’a été établi, selon Jacques Dallest, ce qui rend l’énigme d’autant plus déroutante.
Des gardes à vue sans mise en examen
En mars dernier, les grands-parents maternels d’Émile, ainsi que deux de leurs enfants, ont été placés en garde à vue pour homicide volontaire et recel de cadavre, avant d’être relâchés. Faute de charges suffisantes, aucune mise en examen n’a été prononcée. Une situation qui rappelle les multiples rebondissements judiciaires de l’affaire Villemin, marquée par des accusations successives et des décisions contradictoires.
La question d’une éventuelle omerta traverse les deux dossiers. Dans l’affaire Grégory, personne n’a parlé en quarante ans, alimentant l’idée d’un pacte tacite. Pour Émile Soleil, Thibaut Solano évoque également une forme de silence, entre une famille qui choisit de ne pas s’exprimer et des écoutes judiciaires révélant des tensions internes. Autant d’éléments qui entretiennent le mystère, laissant planer l’idée que la vérité, peut-être, reste enfermée dans le cercle le plus proche.






